Olivier Morel de La Durantaye meurt en 1716. La seigneurie passe aux mains des fils et filles d'Olivier Morel. La partie située entre l'embouchure de la rivière Boyer et l'Anse de Bellechasse est vendue à Monseigneur de Saint-Vallier pour les Soeurs Augustines hospitalières de l'Hôpital général de Québec qui deviennent seigneuresses de la nouvelle seigneurie de Saint-Vallier en 1720. Elles vendront la seigneurie en 1767 à Tarrieu de Lanaudière, fils de Madeleine de Verchères, dont les enfants feront construire une partie du manoir de Lanaudière encore présent aujourd'hui à la limite est de Saint-Vallier comme résidence secondaire de monsieur Amos, résident de Westmount. Après avoir acheté l'autre partie de la seigneurie de Saint-Michel en 1736, Michel-Jacques-Hugues Péan de Livaudière l'agrandit d'une lieue (84 arpents) ou 3 milles (4.8 kilomètres): 1/2 lieue au nord, collée à la seigneurie de Vincennes et 1/2 lieue au sud en arrière du territoire qu'il possédait en 1736 avant que Lafontaine de Belcourt ne se fasse donner illégalement sa seigneurie. Cette partie de la seigneurie de Saint-Michel sera appelée tantôt Livaudière, tantôt Saint-Gervais dépendant du secteur désigné. Il s'agit en fait d'une seule et même seigneurie. En 1744, trois ans avant sa mort, Péan père fait construire un moulin à farine au pied de la chute à Maillou après avoir acheter le droit de mouture au seignerur de Beaumont. On peut encore aujourd’hui observer les ruines de cet ouvrage au bas de la falaise qui sert d’assise au moulin de Beaumont. Le fils s'en servira pour son commerce illégal de farine. La chute à Maillou servait de frontière entre la seigneurie de Beaumont et la seigneurie de Saint-Michel qui, en 1752, s'agrandit à nouveau de trois lieues de profond au sud jusqu'à Saint-Damien, aux limites de ce qui deviendra le canton de Buckland, entre la ligne seigneuriale de Saint-Vallier et la ligne seigneuriale de La Martinière.
En 1763, par le traité de Paris, le roi Louis XV cède le Canada à l'Angleterre pour garder ses possessions antillaises et son droit de pêche sur les grands bancs de Terre-Neuve.
En 1765 la seigneurie est vendue à Joseph Brassard Deschenaux qui devient le quatrième seigneur de Saint-Michel. Avant de porter le nom de Saint-Joseph, la rue du bord de l'eau, dans le village de Saint-Michel, s'appelait «des chenaux». Une carte datant de 1896 et qu’on peut consulter à la municipalité témoigne de ce fait.

Maison Michel Germain (1812)
En 1800, le bourg prend forme. Au recensement de 1815 il y a 12 maisons autour de l'église et la maison Michel Germain est du nombre. Vers 1830, Joseph Bouchette y dénombre une trentaine de maison et en 1851 on en conte 104. Selon Serge Courville Saint-Michel et Saint-Thomas de Montmagny constitue alors les deux plus grosses agglomérations de la Côte du Sud. À la fin du 19ième siècle le village de Saint-Michel comprend 170 emplacements à l'intérieur d'un espace tricoté serré de rues étroites.
Saint-Michel s'enrichit d'une population venue de L'Acadie: d'abord, de 1745 à 1747 des Micmacs et des Malécites qui campent près de l'Anse Mercier; puis en 1755-1756-1757, des Acadiens fuyant à travers bois la déportation des leurs. Plusieurs s'installent sur le territoire actuel de Saint-Gervais (Saint-Michel seigneurie et paroisse à l'époque depuis 1696) et développent les rangs 1 et 2 appelés par la suite première et deuxième Cadie. Seulement une vingtaine des 50 chefs de famille d'origine sont encore là au moment de la fondation de la paroisse Saint-Gervais et Protais en 1780. La maladie et la misère sont en grande partie responsables de leur disparition.

Maison Vézina
En 1832, Léger Launière, fils de Josephte Deschenaux et de Michel Launière, finit par hériter de l'ensemble de la seigneurie qu'avait laissé en héritage à ses quatre enfants le seigneur Joseph Brassard Descheneaux. Cinquième et dernier seigneur de Saint-Michel Léger Launière se fera construire un manoir dans le village là où est située la maison de la famille Vézina, à côté de la croix de fer du 300ième. Le manoir sera habité ensuite par Prudent Morin et vendu à Arthur Roy qui le démolira en 1921. Il en utilisera le bois pour construire sa résidence, laquelle deviendra la propriété de la famille Vézina. Léger Launière sera maire de Saint-Michel pendant trois ans. À sa mort il sera inhumé sous son banc d'église.

À l'avant plan: maison du régistraire. À l'arrière plan: ancienne Cour de justice (maintenant Bibliothèque).

Entre 1845 et 1855, le système seigneurial, maintenu jusque-là après la conquête anglaise, est aboli progressivement. C'est à ce moment que le bourg de Saint-Michel devient village par incorporation (1845). En 1849 Saint-Michel est choisi pour être le chef-lieu du comté de Bellechasse, ce qui mène à la construction d'une cour de justice (1859) et à l'établissement de notables dans le village : juge, avocat, huissier, régistraire qui s'ajoutent au médecin et notaire déjà présents. C'est également au 19ième siècle que seront construits le collège (1853), le quai (1858), le lieu de pèlerinage Notre-Dame-de-Lourdes (1879) en remplacement de la chapelle Saint-Joachim située alors au coin sud-ouest de la Rue Principale et de l'Avenue de la Grève, et le couvent (1890) qui remplacera à son tour celui de 1861 qui avait été déménagé là en 1865. Comme pour le bourg qui devient village en 1845 la paroisse devient municipalité de paroisse en 1855 à la suite de l'abolition officiel du système seigneurial en 1854. Saint-Michel-de-la-Durantaye commencera à se faire appeler Saint-Michel-de-Bellechasse. Si La Durantaye faisait référence à la seigneurie, Bellechasse fait référence au comté, d'abord créé sous le vocable Hertford en 1791 et rebaptisé Bellechasse en 1829 en souvenir de sa plus ancienne seigneurie, celle de Bellechasse (Berthier). Le comté continuera de s'appeler Bellechasse mais il perdra Berthier-Bellechasse en 1850 au profit du comté de Montmagny.

La jetée, en remplacement de l'ancien quai.
Au 20ième siècle on ajoute aux institutions une deuxième chapelle Sainte-Anne (1905) en remplacement de la première située plus à l'ouest. On installe l'électricité en 1923. On ajoute une école primaire (1960), un hôpital (1966), une Caisse populaire au 76, rue Principale (1973) en remplacement de l'ancienne au 59, rue Principale (1937), un centre communautaire (1976), une jetée et marina (1991) en remplacement du quai, un golf (1991-1992), un théâtre d'été (1975), plusieurs commerces et de nombreux hôtels (transformés maintenant en résidences privées) pour recevoir pèlerins et visiteurs.

Le soleil se couche au petit port de plaisance
En 2003, Saint-Michel fête le 325ième anniversaire de cette grande paroisse commune érigée canoniquement en 1678. On profite de l'occasion pour créer des panneaux d'interprétation à teneur historique et pour lancer un Festival de Chant choral, enraciné dans la tradition et ouvert à la modernité, qui devient dès lors le Festival de Saint-Michel-de-Bellechasse qui en 2008 portera le nom de Festival choral, patrimonial et culturel.
Le caractère singulier de Saint-Michel en regard des autres municipalités peut se définir en 5 points:
1) Sa longue histoire. En 2008 on parle d'un territoire seigneurial et paroissial qui a 336 ans d'histoire : sa seigneurie date de 1672, sa paroisse commune de 1678, sa paroisse autonome de 1693, son presbytère de 1739 et son bourg, le plus vieux de Bellechasse, prend forme dans les années 1800.
2) L'emplacement de son village. Il est bâti à hauteur d'eau dans une cuvette ouverte sur le fleuve par son côté nord. Sa géographie particulière fait en sorte que les ressources du fleuve deviennent disponibles. À la vocation agricole de Saint-Michel s'ajoute donc une vocation maritime.
3) Le caractère urbain de son vieux bourg. Les collines environnantes empêchent l'étalement et amènent une grande concentration de maisons souvent imposantes dont plusieurs auront une double vocation : résidentielle et commerciale. L'espace est restreint et les maisons nombreuses sont contruites très près les unes des autres.
4) La qualité de son patrimoine bâti . Autant de maisons «pièce sur pièce» bien conservées qui datent du 19ième siècle et qui, malgré leur grande diversité de style et l'ajout de couleurs en complément, sont restées blanches à 85%, est un phénomène unique au Québec. C'est ce qui lui a permis de s'inscrire parmi les plus beaux villages du Québec à titre de "village blanc".
5) Le nombre de ses estivants. La population de Saint-Michel double durant la belle saison : chalets, résidences secondaires, maisons mobiles et tentes en camping, hébergement en gîte. Sa position privilégiée au fleuve fait de Saint-Michel un véritable centre de villégiature.
Légende:

Les vieux fusils, huile 16 po x 20 po, 1998. Oeuvre de Françoise Pascals. «À l'heure où le passé et le présent se confondent au coeur de la nuit bleue, ils veillent sur leur village dans l'espoir qu'un jour, une nuit, les âmes engourdies des villageois entendent la voix des vieux fusils, ceux qui refusent de se rendre.
Saint-Michel a donc sa légende : les vieux fusils, appelée aussi les excommuniés ou les révoltés. Cette légende prend son origine dans un événement qui s'est passé dans l'église de Saint-Michel au moment où l'armée du Congrès américain envahit le Québec en 1775 afin d'en faire sa 14ième Colonie. Pour éviter que les Canadiens de la Vallée du Saint-Laurent deviennent Américains, Sa Majesté britannique Georges III donne force de loi au Quebec Act en juin 1774. L'Acte de Québec abolit le serment du Test qui obligeait les catholiques à nier l'infaillibilité du Pape, la virginité de Marie et la présence réelle du Christ dans l'hostie pour obtenir un poste dans la haute fonction publique. Ce serment du Test est remplacé par le serment d'allégeance. L'Acte de Québec redonne aux Canadiens le libre exercice de la religion catholique et à l'Église le droit d'exercer et de percevoir la dîme. Les lois civiles françaises sont rétablies et le régime seigneurial maintenu. Enfin, le territoire est agrandi pour inclure la région des Grands Lacs dont une partie deviendra plus tard le Haut Canada (1791) avec l'idée stratégique géopolitique d'encercler les Québécois (habitants des seigneuries de la vallée du Saint-Laurent sur un territoire que les Anglais désignent Province of Quebec) pour mieux les contrer. Dans le même esprit et la même stratégie d'encerclement, les Anglais restés fidèles à la Couronne britannique après l'indépendance américaine (les loyalistes) occuperont les terres situées autour des seigneuries à l'intérieur de cantons.
Bien que stratégique cette loi est généreuse puisqu'elle consolide les bases de la nation québécoise. Toutefois, certains paroissiens restés amers après la Conquête voient dans l'invasion américaine l'occasion de renverser le gouvernement britannique en Canada. De Kamouraska à Beaumont, la Côte du Sud est alors le théâtre d'une guerre civile: pères contre fils, frères contre frères : 170 se joignent à la milice pro britannique, dirigée par le seigneur Beaujeu de l'Île aux Grues, contre 150 qui se joignent à la milice pro américaine. Cinq de ces 150 miliciens furent excommuniés par monseigneur Briand, septième évêque de Québec, pour avoir manifesté publiquement leur désaccord avec l'Église qui elle, prônait la collaboration avec l'armée anglaise du gouverneur Carleton. «C'est assez longtemps prêché pour les Anglais», crièrent-ils au prédicateur jésuite en pleine messe dominicale. Chassés de la communauté, ils vécurent reclus dans le sud de la seigneurie. À leur mort, ils furent enterrés dans un champ du quatrième rang de Saint-Michel (aujourd'hui La Durantaye) sur la propriété de monsieur Cadrin. Leurs restes furent exhumés en 1880 et inhumés de nouveau dans le cimetière de Saint-Michel à l'endroit réservé aux enfants morts sans baptême. Depuis, certains ont assuré avoir vu les corps sortir de leur tombe et errer dans la nuit. Encore aujourd'hui, par les soirs de brume et de pleine lune, on peut voir les cinq excommuniés, ou plutôt leurs fantômes, se promener autour de l'église avec leurs vieux fusils français (mousquets) sur l'épaule. Pareille légende devait fournir le sujet d'un long poème au poète Louis Fréchette. Ce poème intitulé Les excommuniés fut publié en 1887 dans La légende d'un peuple.
Notons enfin que les Michelois ont déjà porté le surnom de feux-follets ainsi nommés par les habitants de l'Île d'Orléans qui, par les soirs de beau temps, voient sur la grève plusieurs feux allumés par les gens de Saint-Michel pour se chauffer le coeur. Évidemment, pour les gens de Saint-Michel les feux-follets ce sont les habitants de l'île dOrléans qui eux aussi allumaient des feux sur la grève.
Ayant à faire souvent la paix entre eux ils seront également appelés "les calumets".
Références :
Une histoire du Québec racontée par Jacques Lacoursière. Lacoursière Jacques, Les Éditions du Septentrion, Québec, arrondissement Sillery, 2002.
Saint-Michel-de-La-Durantaye, notes et souvenirs, 1678-1929. Père Marie-Antoine Roy. Imp. Charrier et Dugal Ltée, Québec, 1929.
En passant par la Côte de Bellechasse . . . j'ai rencontré trois beaux villages! Brochure produite par la Municipalité régionale du comté de Bellechasse et réalisée par le Groupe de recherche en histoire du Québec Inc., recherche et rédaction : Bourget Clermont, Côté Robert, Québec 1993.
Contes et légendes de la Côte-du-Sud. Fondation Héritage Côte-du-Sud, Les Éditions du Septentrion, Québec, 1994.
Saint-Michel-de-Bellechasse- trois cents ans d'histoire 1678-1978. Collaboration entre de nombreux citoyens de Saint-Michel et la Commission scolaire régionale Louis Fréchette, de Lévis, avec l'active participation de madame Jeannine Fougère-Richard, du Service de l'Éducation permanente. Presses et Éditions Etchemins. Lévis 1977.
328 ans d'Histoire
Paul St-Arnaud
Webmestre. Philosophe de formation, photographe de profession, historien autodidacte par passion, membre administrateur de la Société Historique de Bellechasse, coauteur du livre Bellechasse et d'une publication sur le patrimoine bâti de Saint-Michel.